Mardi de FéminiCités #2 : 3 ateliers participatifs pour mieux comprendre l’invisibilisation des femmes dans l’espace public

Inès Edel-Garcia

Le 7 février dernier, nous étions une quarantaine, réunis à La Vénus Noire pour un second Mardi de FéminiCités. L’objet de ce rendez-vous ? L’invisibilisation des femmes dans l’espace public car en effet, les espaces publics sont loin d’être neutres du point de vue du genre.

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Inès Saab, militante et adhérente de FéminiCités, a inauguré la séance par une courte introduction, l’occasion de rappeler quelques définitions et chiffres.

Le reste de la soirée s’est déclinée autour de trois thématiques principales :

-l’insécurité et les stratégies d’évitement des femmes dans les espaces publics

-la pratique des loisirs et du sport en plein air

-la place des femmes dans la toponymie urbaine

Plusieurs groupes se sont formés pour approfondir chacune des thématiques, l’occasion de partager sa propre expérience, de mettre des mots sur les systèmes d’oppression et de formuler quelques propositions.

Le sentiment d’insécurité

D’après une étude de l’ANVEF de 2010, ⅕ femme a été victime de violence dans l’espace public (verbale, physique, sexuelle). L’INSEE a par ailleurs révélé en 2013 que 20% des femmes entre 18 ans et 29 ans disent se faire injurier au moins une fois par an dans la rue. Enfin, selon un rapport du Haut Conseil pour l’Egalité des Femmes et des Hommes de 2015, 100 % des utilisatrices de transports en commun y ont subi au moins une fois dans leur vie du harcèlement sexiste ou une agression sexuelle. Ces chiffres permettent en partie d’expliquer le fort sentiment d’insécurité des femmes qui contribue à les limiter dans leur usage de l’espace public et donc dans leur mobilité. Ce sentiment est en partie produit et renforcé par les modes de socialisation des femmes et la culture du viol qui les poussent à se sentir vulnérable dans l’espace public et à culpabiliser lorsqu’elles sont victimes de violences. Ainsi, elles adaptent leurs comportements, notamment lorsque la nuit tombe. Les participant.e.s ont évoqué les stratégies d’évitement déployées lors de leurs sorties dans l’espace public comme éviter le regard, porter des vêtements amples, téléphoner ou faire semblant d’être au téléphone, mettre des écouteurs… Ces stratégies d’évitement prennent une grande importance dans les modes d’usages de l’espace urbain par les femmes, et régissent en quelque sorte leurs agissements en ville.

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Les infrastructures de sport

Dans la réalité, les équipements de loisirs sportifs d’accès libre (skateboards, terrains de baskets, footballs) sont exclusivement occupés par les garçons. On estime donc que les ¾ des dépenses publiques profitent aux garçons, tous loisirs et équipements confondus. Les choix de programmation et de financement des infrastructures et du mobilier urbains contribuent par conséquent à entériner des différences d’usages dans le déplacement, le divertissement, les loisirs et le sport. Certain.e.s participant.e.s ont par ailleurs expliqué ne pas se sentir à l’aise du fait des tenues de sport hypersexualisantes et attirant le regard. Une participante a ajouté que les femmes jugées “trop musclées” étaient souvent rejetées par la norme dominante. Des freins à la pratique sportive en plein air… Pour rappel, on parle de mixité dès lors que l’on atteint une répartition d’au moins 30%-70%. Comment faire pour faciliter l’accès aux femmes à ces installations publiques et introduire davantage de mixité ? Si, certes, l’urbanisme peut être discriminatoire, les responsables politiques peuvent également en faire un outil de promotion de l’égalité des genres.

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La toponymie urbaine

On se souvient de la campagne d’Osez le féminisme en 2015 qui visait à rebaptiser les noms des rues de l’Île de la Cité et du quartier de Louvre-Rivoli. Aujourd’hui, à Paris, 2,6% des rues et plaques commémoratives concernent les femmes. En Ile-de-France, Montreuil se distingue avec un pourcentage de 14%. Dans la capitale, on compte aussi 3 stations de métro portant le nom de femmes : Louise Michel (ligne 3), Pierre et Marie Curie (ligne 7) et Rochechouart (lignes 4 et 2). Enfin, la récente ligne de tramway T3b affiche fièrement le nom de plusieurs figures illustres comme Ella Fitzgerald, chanteuse de jazz, Adrienne Bolland, grande aviatrice française qui a été la première à avoir traversé la Cordillère des Andes, Colette Besson, athlète championne olympique, etc.

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En recensant les rues et équipements affichant des noms de femmes dans nos environnements quotidiens respectifs, nous nous sommes rendus compte qu’il s’agissait souvent de figures religieuses (Sainte Blandine, Saint Opportune), de “femmes de” ou de couples célèbres (Sartre et de Beauvoir, Signoret et Montand), ou encore de femmes au patronyme masculin (George Sand). D’autres personnalités ont toutefois été remarquées comme Flora Tristan, Elsa Triolet ou Niki de Saint Phalle. On trouve aussi les noms de Catherine Deneuve, Isabelle Adjani, Jeanne Moreau, Brigitte Bardot, Juliette Gréco sur les Bateaux Parisiens destinés aux touristes. Marketing quand tu nous tiens… Une participante a fait remarquer que Rosa Parks était davantage reconnue pour son rôle dans la lutte antiraciste, et moins parce qu’elle était une femme. Pour l’anecdote, à Berlin, les noms des colons ont été remplacés par des noms de militant.e.s anti-racistes. Certain.e.s participant.e.s ont proposé d’imposer des quotas pour éviter la sur-utilisation des noms comme Jaurès, Thiers, Gambetta, Clémenceau… D’autres ont suggéré de changer les noms des rues sans enjeux telles que la rue de l’industrie, rue de la montagne, etc., voire d’imposer aux rues des doubles noms “masculins-féminins”. En définitive, il faut surtout prendre le problème à la source, à commencer par une nécessaire relecture historique et un travail de transmission et d’éducation, notamment dans les manuels scolaires. En outre, ce sont les maires qui décident de la toponymie des espaces publics et des équipements. Tant que la parité ne sera pas respectée parmi les édiles, il y a peu de chances pour que les rues et les édifices publics portent le nom de femmes. Les participant.e.s ont fini par l’atelier en proposant des noms : Agnès Varda, Hannah Arendt, Christine Delphy, Angela Davis, Colette, Nina Simone, Maud Fontenoy, Frida Khalo…

A l’issue de cette soirée réussie, l’équipe de FéminiCités envisage de dresser à terme une liste de noms de femmes et de personnes trans remarquables qui ont marqué l’Histoire, la science, la culture… En attendant, RDV en avril pour un Mardi de FéminiCités consacré à la pornographie féministe !

 

 

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