Peut-il n’y avoir qu’un seul féminisme ?

Inès Saab

L’examen des transformations, mutations et histoires du féminisme occupe un vaste sujet d’étude, à la fois riche et complexe. Pour saisir les enjeux définitionnels et critériologiques du féminisme, il est nécessaire d’en revenir aux racines de ce mouvement social qu’il tire dans la lutte contre les injustices faites aux femmes et qui s’est donné pour objectif et ambition de transformer la société par l’abolition de rapports sociaux inégalitaires entre femmes et hommes. Le féminisme a une vocation et une démarche dans un premier temps, libératrice (qu’elle soit individuelle et collective) mais aussi redéfinitionnelle puisqu’il s’agit d’interroger les rapports sociaux de sexe et de genre. Afin de saisir de façon assez large ce que l’on entend par féminisme, nous pouvons dire que le féminisme se définit comme un mouvement de lutte-s pour la reconnaissance, l’autodétermination, la participation politique, l’acquisition puis le respect des droits des femmes. Etre féministe relève dans un premier d’une prise de conscience lucide d’un système particulier dominant qui opère une domination, une violence et oppression collective particulière sur les femmes parce qu’elles sont femmes. Cette prise de conscience de cette domination, de cette violence, et oppression peut émerger de par des expériences vécues et subies de manière plus ou moins personnelle, ou observées, constatées. S’il est tout d’abord un exercice de la pensée, le féminisme est aussi un véritable exercice politique et de lutte sociale qui a sa propre puissance et capacité d’agir.

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Un projet d’enquête pour l’année 2016-2017 : le harcèlement des personnes trans et les violences transphobes dans les transports en commun

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Janol Apin, projet Métropolisson

L’an dernier, la FNAUT (Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports) lançait une étude sur le harcèlement des femmes dans les transports en commun, via une large enquête par questionnaire. Cette enquête, assez complète et relativement inédite dans le domaine de l’assistance à l’action publique, ne permettait cependant pas de prendre en compte les particularités du harcèlement vécu tout d’abord par les femmes trans, ni par les personnes trans en général. En effet, le harcèlement dû à la non-conformité aux attentes liées à l’assignation à la naissance n’est pas pris en compte, le vécu des femmes trans n’est pas comparé à celui des femmes cisgenres, et l’enquête se focalise sur le harcèlement ayant pour origine les usagèr.e.s des transports en commun… tandis que de nombreux témoignages montrent que le harcèlement comprend également le harcèlement institutionnel. C’est particulièrement le cas pour les personnes trans, qui peuvent subir celui perpétué par les agent.e.s de la RATP, et notamment les contrôleuses/eurs et agent.e.s de sécurité, en raison par exemple de la non-conformité des papiers, des titres de transport et des cartes de réduction à l’apparence de la personne.

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Transidentités et espaces publics urbains : état des lieux et enjeux de la recherche en sciences humaines

Appel à se lancer dans une véritable collecte de données sur les transidentités : la recherche comme enjeu majeur dans la lutte pour l’émancipation des personnes trans.

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Milan Bonté

La transidentité est une question peu étudiée dans le champ scientifique. L’invisibilité des personnes trans, dénoncée par les associations de lutte contre la transphobie, ne se limite pas aux médias et concerne aussi le champ de la recherche[1][2]. Ce dernier, largement transphobe jusque très récemment, et toujours profondément binariste, oscille en général entre des questionnements médicaux pathologisants et une dénonciation des oppressions liées au patriarcat… par le prisme binaire du rapport hommes/femmes[3]. Les questions trans sont rarement traitées en dehors de ces grilles de lecture. En géographie, il a fallu attendre les années 1990 pour questionner la prédominance masculine et cisgenre parmi les chercheurs[4], et repenser le rapport du champ de la géographie, et plus largement de l’espace, à celui du genre. Néanmoins, les travaux qui ont découlé de ces réflexions concernent en quasi-totalité le thème des femmes dans la ville, et tout en se targuant pourtant d’intitulés inclusifs : utilisant « genre » plutôt que « femmes », ils ne se réfèrent que très peu, voire pas du tout, aux particularités liées aux transidentités.

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